Voyager avec sa moto du Pérou jusqu’en Guyane française en utilisant des bateaux-cargos à travers le Brésil et l’Amazonie, c’est possible. Il a fallu 18 jours et 6 bateaux, en traversant 3 pays, avec 4 000 km sur le fleuve Amazone et 2 000 km de moto à travers les contreforts andins et la forêt amazonienne. Ce guide explique tout le processus, avec un récit détaillé jour par jour du voyage à moto.

Comment transporter une moto du Pérou vers la Guyane française via le Brésil en empruntant des bateaux-cargos sur l’Amazone
Rejoindre la Guyane française depuis le Pérou a été un effort colossal. Entrer via le Venezuela depuis la Colombie aurait été bien plus simple, mais avec la situation politique actuelle, obtenir un visa était impossible. J’avais donc deux options…
Première option : descendre jusqu’à Cusco, au Pérou (Machu Picchu), puis rouler plus de 700 km jusqu’à Manaus, au Brésil, dont 400 km de piste (impraticable sous la pluie). Deuxième option : prendre plusieurs bateaux-cargos du Pérou au Brésil — c’est celle que j’ai choisie.
L’itinéraire en cargo devait m’emmener du Pérou à Manaus. Et pour atteindre la dernière ville du Pérou accessible par la route, je devais parcourir près de 700 km sur des terrains variés, dont les majestueux contreforts des Andes, le long d’une magnifique rivière qui devient ensuite le río Marañón, puis, alimentée par des affluents, l’Amazone. Le trajet dans les montagnes et la forêt amazonienne allait être ponctué de changements météo radicaux — du chaud au froid, avec parfois de fortes pluies — mais cela restait meilleure option.
Bien démarrer au Pérou
Après avoir visité quelques lieux historiques au Pérou, j’ai atteint la dernière ville reliée par la route : Yurimaguas. Trouver le port d’où partent les bateaux-cargos vers Iquitos (la plus grande ville au monde sans accès routier) a été une expérience à part.
La traversée en bateau était très rudimentaire : on transporte de tout, y compris des animaux vivants. Au bout de cinq jours — à cause de retards et du niveau d’eau très bas, rendant la navigation difficile — j’ai atteint Manaus.
Charger la moto (lourde) sur le cargo au Pérou a été le plus gros défi : pas de rampes, pas d’infrastructures adaptées. Tout se fait à la main, sur des pentes raides et irrégulières, ce qui rend l’opération extrêmement compliquée. Gérer les dockers, surtout sans parler la langue, a été une vraie galère — et parfois très cher. Décharger la moto a posé des difficultés similaires.
Traversée vers le Brésil
J’ai passé quelques jours à Iquitos pour me reposer et récupérer. Ensuite, j’ai pris le bateau suivant d’Iquitos à Santa Rosa, une petite ville sur l’Amazone côté péruvien. Mais ma moto devait traverser le fleuve vers la ville brésilienne de Tabatinga.
Comprendre la logistique — où sortir du Pérou et entrer au Brésil — a été une bataille, surtout sans parler la langue locale. J’ai loué un bateau privé pour transporter la moto de Santa Rosa à Tabatinga, au Brésil. Tabatinga (Brésil), Santa Rosa (Pérou) et Leticia (Colombie) forment trois villes à frontière ouverte. Transférer une moto lourde d’un cargo vers une petite embarcation pour franchir un kilomètre de fleuve était stressant… et extrêmement difficile.
Formalités en Colombie
Une fois arrivé à Tabatinga (Brésil), je suis allé à Leticia (Colombie) pour trouver un hôtel et j’y suis resté deux jours afin de faire les formalités d’immigration pour le Pérou et le Brésil. Jusqu’ici, le Brésil a proposé le processus d’immigration le plus simple et le plus agréable. J’ai fait tamponner mon passeport et obtenu le permis pour la moto à Tabatinga.
Mon bateau pour Manaus au départ de Tabatinga était prévu le lendemain soir. Cette portion faisait plus de 1 000 km et a pris quatre nuits et trois jours. Le bateau était bien plus grand et mieux organisé qu’au Pérou. L’Amazone devenait nettement plus large, et la différence entre le Pérou et le Brésil sautait aux yeux.
Vers Macapá
Une fois arrivé à Manaus, mon plan était de rouler vers la frontière Brésil–Guyana, jusqu’à une ville appelée Lethem. Mais j’ai appris par des motards qui venaient de faire la route de Lethem à Linden, au Guyana, qu’il y avait une section de 400 km de piste extrême, impossible en cas de pluie. En solo, sur une moto lourde, c’était encore plus compliqué.
J’ai donc opté pour un autre plan : prendre deux bateaux-cargos supplémentaires sur l’Amazone, jusqu’à la ville de Macapá. Cette longue traversée était fatigante, à dormir sur des cargos, mais l’expérience était unique. Après près de 18 jours à voyager le long de l’Amazone, environ 4 000 km sur six bateaux, j’ai enfin atteint Macapá, au Brésil.
Ville-frontière d’Oiapoque
Ma BMW 1250 GSA n’attendait qu’une chose : rugir sur les routes brésiliennes. L’étape suivante était un trajet de 600 km vers la ville-frontière d’Oiapoque, au Brésil. Sur ces 600 km, il y avait 100 km de piste (gérable tant qu’il ne pleut pas). Malheureusement, la chance n’était pas avec moi : je suis tombé sur 1 km de travaux qui avait littéralement détruit la route. Les 4×4 pouvaient passer, mais à moto c’était presque impossible. Il m’a fallu plus d’une heure, avec beaucoup d’aide, pour franchir ce passage.
Guyane française
Enfin, nous sommes arrivés au poste frontière. Côté brésilien, c’était simple et accueillant : une formalité. Mais après avoir traversé le pont sur le fleuve Oyapock, nous sommes arrivés à l’immigration française (oui, techniquement c’est la France). Mon visa n’était pas un problème, mais j’ai dû acheter une assurance 15 jours pour la moto, à €95 (sérieusement !). Malheureusement, il n’y avait pas d’internet dans le secteur ce jour-là, et il fallait payer en espèces, en euros — que je n’avais pas. J’ai dû retourner au Brésil pour trouver un bureau de change. Les agents brésiliens ont eu la gentillesse de me laisser retourner en ville sans papiers. Après avoir trouvé de l’argent et payé l’assurance, l’ensemble du processus a pris plus de trois heures, et il faisait nuit.
J’ai dû rouler vers Cayenne de nuit. La route était en bon état mais très sinueuse, au cœur de la jungle. À ma surprise, il n’y avait rien sur ces 200 km : aucune aire, aucun village, juste une route en pleine forêt. J’ai finalement atteint Cayenne à 22 h.
Décomposition détaillée : comment voyager avec une moto sur l’Amazone en utilisant des bateaux-cargos
Bateau 1 : Yurimaguas → Iquitos – Pérou
Temps de trajet : 500 km, 3 à 5 jours (selon l’état du fleuve et d’autres facteurs).
Ce trajet se fait sur le río Marañón. Il existe plusieurs ports au service des communautés locales : assurez-vous de trouver celui d’où partent les bateaux pour Iquitos. Dès que vous demandez votre chemin, vous serez probablement entouré de personnes qui vous donneront des conseils. Des conducteurs de moto-taxis peuvent vous proposer de vous y emmener contre paiement. Voyager avec un sac à dos est plutôt simple, mais transporter une moto seul ajoute une vraie complexité. Parler espagnol aide énormément ; si vous ne parlez pas la langue, c’est une difficulté supplémentaire.
Gardez en tête qu’il s’agit de bateaux-cargos sans horaire fixe. Ils partent uniquement une fois complètement chargés, y compris avec des animaux vivants (vaches, cochons, poules). Les bateaux ont généralement 3 à 5 ponts, dont quelques-uns réservés aux passagers, où l’on accroche des hamacs pour dormir. Il y a quelques toilettes, mais n’attendez pas un niveau de propreté élevé. La cuisine du bateau prépare des repas basiques pour les passagers, inclus dans le billet.
Billet
- Passager : 100 soles
- Moto : 300 soles
- Coût de chargement : 100 soles
- Coût de déchargement : 100 soles
- Total : 180 $
Repas
- Matin : deux petits pains secs et une boisson chaude à l’avoine.
- Déjeuner : riz et pâtes, généralement avec du poulet.
- Dîner : soupe avec un peu de viande.
Note importante : vous devez apporter votre propre hamac, bol, cuillère et papier toilette. Prévoyez suffisamment d’eau et de nourriture complémentaire (biscuits, fruits, etc.) pour tout le trajet : il n’y a pas d’eau potable disponible sur le bateau. Emportez aussi des vêtements adaptés aux nuits fraîches et aux journées très chaudes. Vous aurez peu de réseau mobile. Il y a des prises électriques à bord ; apporter une rallonge est une bonne idée. Chacun garde ses affaires au sol près de son hamac. J’ai finalement passé deux nuits supplémentaires à dormir sur le bateau au port à cause de retards de chargement et de problèmes liés au fleuve : préparez-vous en conséquence.
Assurez-vous d’avoir des sangles pour arrimer votre moto. Comme ces bateaux sont vieux et en mauvais état, il n’y a pas de zone dédiée aux motos ou voitures. Si possible, chargez votre moto le plus tard possible pour qu’elle soit placée à l’avant. Sinon, elle peut se retrouver coincée au fond, et vous pourriez attendre des heures pour la sortir. J’ai attendu 6 heures à bord après l’arrivée à Iquitos, le temps qu’ils déchargent d’autres marchandises avant de pouvoir sortir ma moto. De plus, les ports n’ont pas de rampes correctes : elles sont extrêmement raides, et le chargement peut nécessiter beaucoup de bras.
Regardez l’eau et la jungle, profitez des levers et couchers de soleil, et discutez avec les locaux si vous parlez la langue. Vous pouvez parfois apercevoir des dauphins et des oiseaux.
Le bateau s’arrête à différents endroits. Parfois, des habitants viennent en petites embarcations apporter leurs produits (surtout des bananes et d’autres fruits) et les chargent au milieu du fleuve. D’autres fois, le bateau accoste pour charger et décharger. Il n’y a pas d’horaire fixe : tout est mouvant. À moins d’être prêt pour une expérience unique et imprévisible, ce voyage peut être assez difficile.

Bateau 2 : Iquitos → Santa Rosa – Pérou
Temps de trajet : 800 km, 3 jours et 3 nuits.
Billet
- Passager : 80 soles
- Moto : 100 soles
- Coût de chargement : 100 soles
- Déchargement : 100 soles
- Total : 110 $
Les bateaux vont jusqu’à Santa Rosa (ville-frontière côté péruvien). Si vous vous renseignez en ligne et parlez aux gens, on vous parlera de Tabatinga, au Brésil. Mais aucun bateau ne va au port de Tabatinga depuis le côté péruvien. Il faut donc rejoindre Santa Rosa, puis traverser le fleuve avec une petite embarcation pour atteindre Tabatinga (Bateau 3).
Comprendre ces détails m’a demandé beaucoup d’efforts. Heureusement, au port, il y avait une personne qui parlait anglais et m’a aidé à planifier. Les bateaux sont un peu plus grands et plus propres que le précédent, mais le reste est similaire. Sur celui-ci, les repas sont servis dans une assiette. Mais pour tout le reste, il faut apporter le nécessaire soi-même, y compris l’eau et le papier toilette. Le reste de la routine est à peu près le même que sur le Bateau 1.
Au milieu de la nuit, notre bateau s’est échoué dans le sable à cause du niveau d’eau très bas, et il a fallu plus de cinq heures pour le dégager. Au moment où je voyageais (septembre 2024), l’Amazone connaissait un niveau historiquement bas.
Bateau 3 : Santa Rosa → Tabatinga – Traversée de l’Amazone – Pérou / Brésil
Temps de trajet : 1 km
Coûts
- Bateau : 250 soles
- Déchargement : 100 soles
- Total : 130 $
Une fois arrivé au port de Santa Rosa, j’ai dû organiser un petit bateau pour transporter ma moto sur l’autre rive. C’était un énorme défi à cause du niveau d’eau très bas. Notre embarcation a failli se retrouver coincée au milieu du fleuve. Atteindre la rive à Santa Rosa implique environ 1 km sur du sable, quasi impossible avec une moto aussi lourde. J’ai décidé d’aller vers Tabatinga à la place (Leticia était une autre option, mais la rampe y est encore pire). C’est possible pour les passagers, pas pour une moto.
J’ai dû négocier avec les bateliers, et ils facturent séparément chaque étape. Un prix pour décharger la moto du cargo, un autre pour la transporter jusqu’à la rive à Tabatinga, puis encore un autre pour décharger la moto du petit bateau sur la berge.
Tout le processus impliquait trois équipes différentes, ce qui rendait la compréhension et la négociation très compliquées. Sans parler la langue, c’était un véritable cauchemar, avec beaucoup de malentendus. J’ai utilisé un traducteur, mais dans un contexte aussi chaotique, c’était malgré tout extrêmement stressant. Finalement, la moto a été transportée côté brésilien dans une petite embarcation, à la force des bras.
Bateau 4 : Tabatinga → Manaus – Brésil
Temps de trajet : 1 000 km, 4 nuits et 3 jours
Billet
- Moto : R$500
- Passager : R$290 (Cabine : R$1800)
- Frais de port pour le chargement de la moto : R$50
- Total : 170 $ (standard) / 479 $ (cabine)
Tabatinga et Leticia sont en pratique une seule et même ville, partagée entre deux pays (Brésil et Colombie) avec une frontière ouverte : il n’y a donc pas de postes de contrôle à la frontière. Personnes et véhicules circulent librement, mais il existe des bureaux d’immigration et de douane dans les trois villes, pour les pays concernés :
- Santa Rosa – Pérou
- Tabatinga – Brésil
- Leticia – Colombie
Le lendemain, j’ai pris un bateau passager pour Santa Rosa. En raison du niveau d’eau très bas, j’ai dû prendre un moto-taxi pour franchir une partie du trajet (un bateau depuis Leticia pour traverser l’eau, puis un moto-taxi sur la partie sableuse du fleuve jusqu’au bureau d’immigration). Le ticket combiné bateau + moto-taxi coûtait 5 soles. La plupart des endroits acceptent à la fois la monnaie péruvienne et brésilienne, mais elles n’ont pas la même valeur.
Leticia est une ville très animée, avec de nombreux hôtels et restaurants. Dans une rue de marché, on trouve beaucoup de changeurs de monnaie. J’ai fait les formalités de sortie du Pérou, très simples et directes.
Je suis ensuite retourné à Leticia, j’ai pris un véhicule pour 20 pesos colombiens jusqu’au bureau d’immigration, qui ressemble à un commissariat sur la route principale, à quelques kilomètres de Leticia. J’ai obtenu le tampon pour un séjour de 90 jours au Brésil. La procédure était simple et les agents très sympathiques. À moins de 500 mètres se trouve le bureau des douanes : j’y ai amené ma moto et fait les papiers sans frais. L’agent parlait anglais et a été très serviable, au point de m’indiquer le bureau où obtenir les informations et billets pour le bateau vers Manaus, encore à 500 mètres.
Le bateau pour Manaus partait le lendemain à 15 h. J’ai dû acheter mon billet passager et traiter directement avec l’équipage pour la moto. C’était bien plus organisé qu’au Pérou. Au port, j’ai vu le bateau : très grand et moderne. La moto coûtait R$500. J’ai dû amener la moto au port et la remettre, puis aller au terminal passagers pour l’enregistrement. Tout était beaucoup plus structuré qu’au Pérou.
Cette nuit-là, il a plu très fort, et j’étais un peu inquiet de l’état de la rampe. Il a continué de pleuvoir le lendemain matin, mais j’ai quitté mon hôtel et je suis allé au port pour charger la moto. J’y ai rencontré quelques motards colombiens. Une fois la moto chargée, nous sommes retournés au terminal passagers et avons attendu plusieurs heures l’embarquement. Le bateau avait quelques heures de retard.
À force d’enchaîner les trajets en bateau, je commençais à être mal à l’aise, alors j’ai réservé une cabine : lit, climatisation, salle de bain privée et petit espace de pont pour admirer le paysage. Mais c’était très cher — presque six fois le prix du billet standard.
Ce bateau était très moderne et propre, avec une bonne salle à manger. Il y avait aussi une boutique vendant des essentiels (nourriture, boissons) et même du Wi-Fi payant. De l’eau potable était disponible et les toilettes étaient bien plus propres, avec papier toilette fourni. La différence avec les bateaux péruviens était frappante.
Le trajet a duré 4 nuits et 3 jours jusqu’à Manaus.

Bateau 5 : Manaus → Santarém – Brésil
Temps de trajet : 600 km, 2 jours et 1 nuit
Comme j’ai décidé de suivre les motards colombiens vers la Guyane française, plutôt que de prendre la route vers le Guyana à cause des complications du tronçon Lethem → Linden (400 km sans vraie route), nous sommes allés au terminal suivant où un bateau du soir partait vers Santarém (Brésil).
Nous avons acheté un billet d’entrée au port à R$50, puis nos billets passagers, et nous nous sommes installés dans la zone passagers. Ce bateau était un peu plus petit que celui depuis Manaus. Aucun repas n’était fourni : nous avons dû acheter à la cafétéria du bord. Comme d’habitude, nous avons dû apporter notre eau et nos essentiels.
Les ports sont très bien organisés, et la rampe facilite le chargement des motos. Au Brésil, les bateaux ont des zones dédiées pour charger motos et voitures. Je n’ai vu aucun animal vivant sur ces bateaux brésiliens, contrairement à ceux du Pérou.
Bateau 6 : Santarém → Macapá – Brésil
Temps de trajet : 800 km, 2 nuits et 1 jour
Coûts
- Moto : R$500
- Passager : R$290 (Cabine : R$1800)
- Frais de port pour le chargement de la moto : R$50
- Total : 170 $ (standard) / 479 $ (cabine)
Nous sommes arrivés à Santarém à 2 h du matin, mais malheureusement, il n’y avait pas de bateau vers notre prochaine destination, Macapá, avant deux jours. Plutôt que de chercher un hôtel avec nos motos, nous avons demandé au responsable du bateau si nous pouvions rester à bord, et ils ont accepté contre un petit supplément. À 3 h, nous avons chargé les motos sur le bateau et installé nos hamacs sur le pont passagers. Nous n’étions que trois passagers, et ils ont ouvert une des salles de bain pour nous.
Pendant les deux jours et une nuit suivants, nous avons attendu sur le bateau, en allant parfois en ville pour manger. Santarém est une petite ville portuaire.
Le bateau est parti après deux jours et a mis 2 nuits et une journée complète pour atteindre Macapá. Nous sommes arrivés au port tôt le matin, à 6 h. Ce bateau s’est arrêté dans deux ou trois villes et a chargé beaucoup de poissons, citrons, pastèques et céréales.
Ce bateau ressemblait au précédent : la nourriture n’était pas incluse et il fallait acheter à la cafétéria. Le voyage était très similaire, mais le Wi-Fi était plus rapide. Pour R$30, on avait internet pendant toute la traversée, et j’ai enfin profité d’une connexion haut débit après longtemps, ce qui m’a permis de me remettre à jour en ligne.
Macapá (Brésil) → Cayenne (Guyane française)
Temps de trajet : 800 km de route à moto
Après plusieurs traversées et des nuits sur des bateaux, il était temps de reprendre la route au Brésil. Nous sommes arrivés au port à 6 h, avons déchargé les motos, terminé les formalités portuaires et fait le plein. Puis nous avons pris la route vers la frontière de la Guyane française.
Les 100 premiers kilomètres étaient plats, un paysage qui rappelle certaines régions d’Asie, puis le décor a changé. Nous avons longé de beaux lacs et traversé plusieurs rivières. L’état de la route était excellent et la circulation faible. Après 200 km, nous nous sommes arrêtés pour le petit-déjeuner. Il y avait peu de villes : quelques villages et beaucoup de zones de pâturage. En continuant, nous voyions la forêt amazonienne se rapprocher et nous envelopper.
Vers le kilomètre 450, nous avons atteint le dernier arrêt avec station-service. Il n’y a pas beaucoup de stations sur cette route : il faut faire le plein dès que possible. Ensuite, la section de piste a commencé. Ce n’était pas goudronné, mais c’était encore gérable, même si assez cahoteux.
Malheureusement, environ 10 km après le début de la piste, nous sommes tombés sur des travaux qui avaient complètement creusé la route, la rendant impraticable. Les véhicules à quatre roues pouvaient passer, mais avec une moto lourde c’était presque impossible. Il nous a fallu plus d’une heure et l’aide de plusieurs personnes pour franchir un tronçon de 1 km. Les 50 derniers kilomètres étaient à nouveau asphaltés.
Sur la portion de piste, il y avait presque tous les kilomètres de petits ponts en bois pour franchir des passages d’eau : il fallait être très prudent. Il est déconseillé de planifier cette section de nuit. Et s’il pleut, cette partie de la route devient très difficile, voire impossible, à moto.
Enfin, nous avons atteint la ville-frontière d’Oiapoque (Brésil). Côté brésilien, c’était simple et sympathique : un jeu d’enfant. Après avoir traversé le pont sur le fleuve Oyapock, nous sommes arrivés à l’immigration française (oui, techniquement c’est la France). Même si mon visa n’a pas posé problème, j’ai dû acheter une assurance moto de 15 jours à 95 € (sérieusement !). Malheureusement, il n’y avait pas d’internet ce jour-là, et il fallait payer en espèces — en euros, que je n’avais pas. J’ai dû retourner au Brésil pour trouver un change. Les agents brésiliens m’ont gentiment laissé revenir en ville sans formalités.
Après avoir changé de l’argent et payé l’assurance, l’ensemble a pris plus de trois heures, et quand j’ai terminé, il faisait nuit. J’ai dû rouler vers Cayenne de nuit. La route était en bon état mais très sinueuse, au cœur de la jungle. À ma grande surprise, il n’y avait rien sur ces 200 km : ni station routière, ni village, juste une route en pleine forêt. J’ai finalement atteint Cayenne à 22 h.
Note : gardez à l’esprit que dans cette partie de l’Amérique du Sud, tout est très cher.
Résumé du voyage amazonien
J’ai finalement atteint Cayenne, capitale de la Guyane française, après 18 jours sur 6 bateaux différents à travers deux pays (Pérou et Brésil), avec près de 4 000 km sur le fleuve Amazone et plus de 2 000 km à moto à travers les contreforts andins et la forêt amazonienne, dont 100 km de piste extrême. Ensuite, je compte explorer le Suriname et le Guyana avant de retourner au Brésil.